E-Book, Französisch, 206 Seiten
Vernier Le Saxophoniste
1. Auflage 2026
ISBN: 978-2-322-61079-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
E-Book, Französisch, 206 Seiten
ISBN: 978-2-322-61079-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Né en 1953, Dominique Vernier vit à Hyères dans le Var. Ancien officier supérieur de l'Armée de terre avec plus de trois décennies de service en Allemagne, en métropole et sur divers théâtres d'opérations extérieures, il a troqué les bottes pour le stylo. Ses écrits ne se cantonnent pas à un style ou à un genre particulier. Nouvelles, biographies, livres jeunesses, romans policiers, historiques ou sociétaux composent sa bibliographie.
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Adeline
»
2.1
Vincent
Mercredi 8 mai 1985
Que de chemin a parcouru Vincent Moret depuis ce vendredi 22 septembre 1972 où ce n’était pas Manon qui l’attendait à la gare de Belfort, mais sa cousine Christiane. Celle-ci s’est contentée de lui tendre la clé de sa 2CV et de lui dire sèchement que Manon ne souhaitait plus le voir, que ce n’était pas la peine qu’il se rende chez elle. Tout s’écroulait. Il était si impatient de retrouver celle qu’il aimait. Il était resté pétrifié sur le quai, blanc comme un linge, incapable du moindre mouvement. Puis il s’était mis à trembler, ses yeux s’embuant. Se ressaisissant, il avait essayé de rattraper Christiane pour obtenir une explication, mais elle avait disparu. Faisant fi de ce qui lui avait été dit, il s’était précipité chez Manon. Il avait frappé de ses poings la porte aussi fortement qu’il le pouvait, se blessant, suppliant Manon de lui ouvrir. Lorsque la porte s’était entrouverte, il s’était trouvé nez à nez avec le grand mec blond avec qui Manon avait échangé quelques mots à La Taverne, deux semaines plus tôt. Ce dernier l’avait saisi par le col et lui avait fait comprendre qu’il avait intérêt à partir au plus vite et ne plus revenir. Vincent était resté un long moment dans sa voiture, abattu, assommé. Il n’avait rien vu venir, rien dans les attitudes de Manon ne lui avait laissé entendre qu’elle allait le quitter. Il a immédiatement pensé que c’était son départ pour le service militaire qui avait tout provoqué. Lorsqu’il le lui avait annoncé, quelques mois auparavant, il avait pensé que Manon allait réagir vivement ; pourtant, il n’en avait rien été. Trois semaines plus tôt, lors de sa première permission, rien ne laissait supposer qu’elle le rejetterait. Il était perdu, abasourdi. Il avait failli déserter, courir dire à Manon qu’il quittait l’armée, mais il n’en avait pas eu le courage. Pourrait-il encore faire confiance à celle qui l’avait trahi et ridiculisé ? À son retour à Trèves, ses amis Dominique et Jean-Luc à qui il avait confié son désarroi avaient essayé de le raisonner, en vain. Sa première décision avait été d’aller trouver le gradé responsable de l’orchestre du régiment. Lors de la chaîne d’incorporation, il avait mentionné qu’il était musicien et on lui avait proposé de rejoindre cette formation. Vincent avait refusé. Mickey, qui en avait fait l’expérience, l’avait prévenu que s’il acceptait, de nombreux week-ends seraient pris et adieu les perms. Désormais, il n’avait que faire des permissions. S’il pouvait continuer à jouer pendant son service, ce ne serait que bénéfique. Vincent était donc allé rencontrer le sergent-chef Martin, trompettiste et responsable de l’orchestre, pour lui faire part de sa décision. Le lendemain, son stage de formation chiffreur-télégraphiste était annulé et il était affecté au bureau instruction en tant que conducteur et secrétaire du chef de bureau. Il se souviendra toujours de son premier contact avec le capitaine Marchand. La cinquantaine, grand, mince, les cheveux grisonnants coupés en brosse et un regard d’acier qui l’avait tétanisé. Il se tenait derrière son bureau, raide, le dévisageant, silencieux. Ses seules paroles avaient été : « Vous savez taper à la machine ? » Impressionné et intimidé par le personnage, Vincent avait opiné de la tête. Sa mère avait une vieille machine à écrire mécanique et, depuis tout petit, il s’amusait à taper, recopiant des pages et des pages de livres. La semaine suivante, Vincent était en stage de conduite. La conversion de son permis VL civil en permis militaire n’avait été qu’une formalité. En revanche, l’obtention du permis PL passé sur un GMC rescapé de la Seconde Guerre mondiale avait été épique. Au fil des journées passées au contact du capitaine Marchand, Vincent avait progressivement révisé son jugement sur le militaire. Derrière l’allure glaciale, ne laissant apparaître aucune sensibilité, se cachait un tout autre homme. Lorsqu’ils se rendaient sur le terrain et que Vincent, au volant de la Citroën Méhari du bureau, se trouvait seul avec lui, le masque tombait et le militaire devenait alors très paternel. Ils parlaient de tout et de rien. Lorsqu’il contrôlait des unités à l’instruction, son supérieur questionnait toujours Vincent sur ses impressions. Un jour, Vincent lui avait demandé si les médailles qu’il portait avaient été obtenues en Algérie. Il était resté silencieux, puis avait répondu avec émotion que d’autres, hélas disparus, les auraient méritées plus que lui. Ils n’ont plus jamais reparlé de cette période. Vincent avait découvert aussi qu’il était amateur de rock. Ils échangeaient leurs impressions sur les derniers 33 tours de Génésis ou de Pink Floyd. Il avait invité Vincent à dîner chez lui à plusieurs reprises. Son épouse, Édith, une Allemande rencontrée lors d’un premier séjour en RFA, était une femme adorable. Ils n’avaient pas d’enfant, c’est peut-être pour cela que ce couple le recevait si aimablement. Depuis, chaque fin d’année, Vincent leur présente ses voeux. Son courrier est toujours suivi d’une réponse. Vincent n’a pas eu à se plaindre de son service militaire. Tous les mardis et jeudis soir étaient réservés aux répétitions et il échappait aux marches ou aux tirs de nuit programmés ces jours-là. L’orchestre du régiment avait bonne réputation, il faut dire que Jacques Dutronc y avait effectué son service militaire. Il animait les bals et les fêtes du régiment, mais aussi ceux des autres unités françaises et allemandes. Vincent n’avait pas eu de mal à s’intégrer, le répertoire étant en grande partie celui qu’il interprétait à Tavey. S’il avait été le seul instrumentiste à vent dans Vibration, ce qui lui laissait toute liberté d’interprétation, l’orchestre du régiment disposait d’une section de cuivres avec trompette et trombone ce qui l’obligeait à suivre les partitions à la lettre et à plus de rigueur. Leur tenue de scène était leur tenue de sortie militaire d’hiver ou d'été, mais reprise par le maître tailleur pour être impeccable. Petit à petit, Dominique et Jean-Luc lui avaient fait oublier Dans la semaine qui avait suivi la rupture avec Manon, alors qu’il était en pleine déprime, ses amis l’avaient emmené un soir dans un du centre de Trêves. Après quelques bocks, ils l’avaient conduit à , Luxemburger Strasse en bordure de la Moselle, où ils l’avaient confié à Martha. Vincent se souvient d’une superbe blonde lui rappelant Adeline et qui, dans un allemand avec un fort accent qu’il n’avait pu définir, lui avait dit qu’il était très mignon et qu’il aurait droit à un supplément. D’ailleurs, ses amis lui avaient confié après coup qu’elle leur avait fait une ristourne, car c’était un beau gars, ce qui lui arrivait rarement. Il s’était laissé faire et en conservait le souvenir. Le remède avait été d’une efficacité totalement inattendue. Cette fille était dix fois plus jolie que et Vincent s’était dit que les amours étaient terminés, qu’il ne se laisserait plus embobiner. Il allait profiter de la vie. Une fille, très belle si possible et un soir pas plus, telle était désormais sa devise. Avec l’orchestre, c’était facile. Il y avait toujours une fille dans la soirée à qui il avait tapé dans l’œil. Il a ainsi appris à faire la fête et, hélas, à boire aussi.
Le service militaire terminé, Vincent a été repris chez Peugeot, mais pas sur la chaîne. Dans un premier temps, il a rejoint le service où étaient éditées les cartes perforées, puis, après plusieurs stages chez IBM et Matra, il est monté progressivement en grade pour devenir aujourd’hui l’un des chefs du service développement et recherche informatique de l’usine. Il a une trentaine de personnes sous sa responsabilité, mais n’a pas arrêté la musique pour autant. Dès la fin du service, il avait repris...




