VERNIER | La Singe | E-Book | www2.sack.de
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E-Book, Französisch, 232 Seiten

VERNIER La Singe


1. Auflage 2026
ISBN: 978-2-322-61180-5
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

E-Book, Französisch, 232 Seiten

ISBN: 978-2-322-61180-5
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark



Mars 2020. Marseille se fige sous le choc de la Covid-19. Le silence s'installe, le confinement commence. Adèle et Antoine vivent sur le même palier dans une résidence cossue du 9e arrondissement. Ils ne se sont jamais croisés. Lorsqu'Adèle est contaminée et placée en quarantaine stricte, elle se retrouve prisonnière de son appartement, incapable même de pouvoir s'approvisionner. Antoine lui tend la main. De service en messages, d'échanges virtuels en confidences, les deux jeunes gens se rapprochent peu à peu, à travers des écrans devenus leurs seules fenêtres sur le monde... et l'un sur l'autre. Puis, quelques jours avant la fin de son isolement, Adèle disparaît sans laisser la moindre explication.

Né en 1953, Dominique Vernier vit à Hyères dans le Var. Ancien officier supérieur de l'Armée de terre ayant servi plus de trois écennies en métropole, en Allemagne et sur divers théâtres d'opérations extérieures, il a troqué les bottes pour le stylo. Ses écrits ne se cantonnent pas à un style ou un genre particulier. Nouvelles, biographies, livres jeunesse et romans policiers, historiques ou sociétaux composent sa bibliographie.
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Acte 1


1.1
Mardi 17 mars 2020

Antoine


— 1 500 euros, que vais-je faire avec 1 500 euros ?

Antoine Simon a passé une très mauvaise nuit. Hier soir, après l’intervention télévisée d’Emmanuel Macron, il est resté de longues minutes, accoudé à la table du salon, la tête entre les mains, à ruminer. Comment va-t-il s’en sortir ? Il a créé sa micro- entreprise il y a tout juste un an. Après des mois de galère, il vient à peine de réaliser ses premiers euros de bénéfice. Des mesures vont être prises pour les petits entrepreneurs a dit le président : le report des charges fiscales et sociales, le report des échéances bancaires, la suspension des loyers, des factures d’eau, de gaz et d’électricité. Son job ? C’est fini. Les annulations de commandes affluent depuis les interdictions de rassemblements de plus de 5 000, puis de plus de 1 000 personnes. Aujourd’hui, avec la fermeture de tous les commerces dont l’activité n’est pas essentielle, ce sera pire encore. Son travail des dernières semaines est perdu et il ne sera jamais rémunéré. Les plaquettes publicitaires, les prospectus, les flyers, les programmes, les logos qu’il a réalisés au profit de collectivités, de sociétés, de commerçants et d’associations resteront sur son ordinateur.

Il doute que dans les jours, voire les semaines à venir du travail lui sera proposé. Il a essayé de se rassurer ; en vain. Il a allumé le poste de télévision, a zappé de chaîne en chaîne. N'arrivant pas à faire le vide dans sa tête, il n’a pu rester plus de trois minutes sur le même programme. À minuit, il a décidé de se coucher, mais, l’angoisse le tenaillant, il n’a pas trouvé le sommeil.

Antoine Simon est originaire de Baignes, petit village de Haute-Saône, non loin de Vesoul. À 21 ans, après avoir obtenu un BTS design graphique au lycée Pasteur de Besançon, il a travaillé pendant deux ans dans une grande agence de communication de Lyon. En 2019, au décès de sa grand-mère maternelle, il a eu la surprise d’apprendre qu’elle lui léguait l’argent placé sur son livret A, un peu plus de 20 000 euros. Même si la somme n’était pas astronomique, elle lui permettait d’envisager un autre avenir. Il a fait ses bagages et décidé de partir dans le Sud pour créer sa propre entreprise. Sa bonne étoile l’a guidé jusqu’à Marseille. La cité phocéenne l’a toujours attiré sans qu’il sache vraiment pourquoi. Enfant, il a été fasciné par la photo de couverture d’un magazine présentant une vue aérienne de la ville. Elle montrait la « Bonne Mère », en premier plan, surplombant la cité avec, en fond de tableau, le bleu intense de la Méditerranée contrastant avec la blancheur des îles du Frioul au loin. Était alors née l’envie de découvrir cette métropole. Dans le train qui l’emportait vers sa destination de rêve, il a fait part de son projet à l’homme à côté duquel il se trouvait placé. Par chance, son voisin de voyage venait justement d’acquérir un petit logement dans une résidence neuve du IXe arrondissement, avenue de la Jarre, non loin du centre commercial du Roy d’Espagne. Il lui a proposé de le lui louer. Bien évidemment, Antoine a accepté avec enthousiasme. Tout commençait pour le mieux. Situé au premier étage, l’appartement de deux pièces n’est pas très grand. Toutefois, il est situé côté jardin, donne sur une pinède classée, au calme, et dispose d’une grande terrasse, ainsi que d’un parking privé. La chambre a été transformée en bureau. Il a pu y installer le matériel informatique acquis avec une partie du legs de son aïeule. La pièce est desservie par la fibre, ce qui est utile pour son activité. Les fichiers échangés, agrémentés de photographies en haute définition, pèsent souvent plusieurs dizaines de mégaoctets. Donnant sur la terrasse, la pièce principale lui sert de lieu de vie. Le coin cuisine est aménagé, il a juste eu besoin d’acheter un canapé-lit, une table basse, un meuble bas où il a rangé ses DVD et ses bandes dessinées, une petite table pliante et deux chaises, pliantes également. Ses achats les plus importants ont été un poste de télévision grand écran et un home cinéma. Les placards de la chambre et de l’entrée suffisent à ranger ses vêtements. Sa dernière acquisition est un ensemble de jardin en PVC blanc qu’il a installé sur la terrasse. Les premiers mois ont été difficiles. Trouver une clientèle n’est pas évident. Il a arpenté Marseille, rencontré les commerçants, les administrations, les clubs sportifs, les associations pour proposer ses services. Il a eu un, puis deux contrats et le bouche-à-oreille a fait le reste. Cependant, les recettes ne couvraient pas les frais, le loyer, les charges et les dépenses ménagères. Les 20 000 euros ont vite été dilapidés. Il a pu emprunter 5 000 euros à ses parents pour acheter la Peugeot 207 d’occasion dont il a besoin pour ses déplacements. Lui qui aimait tant faire la fête, sortir, voir des amis, a dû mettre fin à toute dépense superflue. Aujourd’hui, son compte en banque est dans le rouge.

Ce matin, en écoutant France Info, Antoine découvre avec stupeur les indemnités que le gouvernement prévoit de verser aux indépendants qui se retrouveront sans ressources du fait de la chute de leur activité, ce qui est son cas. Il rumine à haute voix :

— 1 500 euros, que vais-je faire avec 1 500 euros ?! Si les échéances du prêt et le loyer sont reportés, je pourrai m’en sortir, mais reportés ne veut pas dire annulés et il faudra bien les payer un jour. Même si j’arrive à mettre un peu d’argent de côté, le temps que je retrouve une clientèle, je ne m’en sortirai pas. Zut, zut et zut ! Ce coronamachin va réduire mes espoirs à néant... Et pour couronner le tout, à partir de midi, nous serons confinés. Même si le président n’a pas prononcé le mot, nous le serons dans les faits. Il ne nous sera plus possible de sortir comme on veut. Sur les chaînes d’information continue, les images sur la cohue devant les grandes surfaces, les rayons de pâtes alimentaires et de papier toilette vides, tournent sans discontinuer. Que les gens sont fous ! Et moi, zut !... Je n’ai pas pensé à faire les moindres courses...

Antoine se précipite vers son frigidaire et constate avec effroi qu’il est vide. Deux malheureux pots de yaourt, une boîte de thon ouverte, deux cannettes de Coca-Cola et trois bières, c’est tout ce qu’il reste. Il ouvre le placard à victuailles et même constat : un fond de pot de café soluble, quelques morceaux de sucre, un pot de confiture entamé et un paquet de pain de mie quasiment vide et périmé. En fait, il ne prend que le petit-déjeuner chez lui. Le midi et le soir, il fait le tour des sandwicheries, camions pizza ou autres du quartier pour s’alimenter. Tous sont fermés depuis le samedi 14 mars minuit. Antoine a bien acheté quelques plats cuisinés, parts de pizza ou de quiche à la boulangerie du quartier pour le week-end, mais il va falloir qu’il change ses habitudes et qu’il pense à remplir le frigidaire. Cuire des pâtes ou des œufs, c’est tout ce qu’il sait faire. Pour la vaisselle et les ustensiles de cuisine, ce n’est pas mieux, il n’a pratiquement rien. Le coin cuisine est équipé d’une plaque de cuisson à induction qu’il n’a jamais utilisée et ne sait pas faire fonctionner. Pour son café, il tire l’eau chaude du robinet.

Il est 10 heures, cela fait une heure qu’il tergiverse, tourne en rond, réfléchit à ce qu’il doit faire. Il a jusqu’à midi pour se précipiter dans la grande surface voisine et acheter ce dont il a besoin. Il essaie d’en dresser la liste ; peu habitué à prévoir ce genre de chose, il s’embrouille. Il verra sur place ; en passant devant les rayons, il prendra ce qui lui semble utile. Il paiera avec sa carte bancaire et sera un peu plus dans le rouge ; au point où il en est, ça ne changera pas grand-chose. Depuis le lever, il traîne pieds nus, en caleçon et tee-shirt et n’a fait la moindre toilette. Le canapé-lit est toujours ouvert, le couchage en pagaille. Tant pis ! La toilette et le rangement, ce sera pour plus tard. Il n’attend personne. Depuis qu’il ne fait plus la fête, il n’a plus...



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