E-Book, Französisch, 340 Seiten
Rostand Cyrano de Bergerac
1. Auflage 2019
ISBN: 978-2-322-13549-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Le chef-d'oeuvre d'Edmond Rostand en texte intégral
E-Book, Französisch, 340 Seiten
ISBN: 978-2-322-13549-3
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Edmond Rostand, né à Marseille le 1er avril 1868 et mort à Paris, 7e, le 2 décembre 1918 (à 50 ans), est un écrivain, dramaturge, poète et essayiste français. Il est l'auteur de l'une des pièces les plus connues du théâtre français, Cyrano de Bergerac. Il est, par ailleurs, l'époux de la poétesse Rosemonde Gérard et le père de l'écrivain, biologiste et académicien français Jean Rostand.
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Scène II
CUIGY.
Lignière !
BRISSAILLE,
Pas encor gris !...
LIGNIÈRE,
Je vous présente ?
Baron de Neuvillette.
LA SALLE,
Ah !
CUIGY,
La tête est charmante.
PREMIER MARQUIS,
Peuh !...
LIGNIÈRE,
Messieurs de Cuigy, de Brissaille...
CHRISTIAN,
Enchanté !...
PREMIER MARQUIS,
Il est assez joli, mais n'est pas ajusté
Au dernier goût.
LIGNIÈRE,
Monsieur débarque de Touraine.
CHRISTIAN.
Oui, je suis à Paris depuis vingt jours à peine.
J'entre aux gardes demain, dans les Cadets.
PREMIER MARQUIS,
Voilà
La présidente Aubry !
LA DISTRIBUTRICE.
Oranges, lait...
LES VIOLONS,
La... la...
CUIGY,
Du monde !
CHRISTIAN.
Eh, oui, beaucoup.
PREMIER MARQUIS.
Tout le bel air !
DEUXIEME MARQUIS.
Mesdames
De Guéméné...
CUIGY.
De Bois-Dauphin...
PREMIER MARQUIS.
Que nous aimâmes...
BRISSAILLE.
De Chavigny...
DEUXIÈME MARQUIS.
Qui de nos cœurs va se jouant !
LIGNIÈRE.
Tiens, monsieur de Corneille est arrivé de Rouen.
LE JEUNE HOMME,
L'Académie est là ?
LE BOURGEOIS.
Mais... j'en vois plus d'un membre ;
Voici Boudu, Boissat, et Cureau de la Chambre ;
Porchères, Colomby, Bourzeys, Bourdon, Arbaud...
Tous ces noms dont pas un ne mourra, que c'est beau !
PREMIER MARQUIS.
Attention ! nos précieuses prennent place.
Barthénoïde, Urimédonte, Cassandace.
Félixérie...
DEUXIÈME MARQUIS,
Ah ! Dieu ! leurs surnoms sont exquis !
Marquis, tu les sais tous ?
PREMIER MARQUIS.
Je les sais tous, marquis !
LIGNIÈRE,
Mon cher, je suis entré pour vous rendre service.
La dame ne vient pas. Je retourne à mon vice !
CHRISTIAN,
Non !... Vous qui chansonnez et la ville et la cour,
Restez : vous me direz pour qui je meurs d'amour.
LE CHEF DES VIOLONS,
Messieurs les violons !...
LA DISTRIBUTRICE.
Macarons, citronnée...
CHRISTIAN.
J'ai peur qu'elle ne soit coquette et raffinée.
Je n'ose lui parler car je n'ai pas d'esprit.
Le langage aujourd'hui qu'on parle et qu'on écrit,
Me trouble. Je ne suis qu'un bon soldat timide.
– Elle est toujours à droite, au fond : la loge vide.
LIGNIÈRE,
Je pars.
CHRISTIAN,
Oh ! non, restez !
LIGNIÈRE.
Je ne peux. D'Assoucy
M'attend au cabaret. On meurt de soif, ici.
LA DISTRIBUTRICE,
Orangeade ?
LIGNIÈRE.
Fi!
LA DISTRIBUTRICE.
Lait ?
LIGNIÈRE.
Pouah !
LA DISTRIBUTRICE.
Rivesalte ?
LIGNIÈRE.
Halte !
Je reste encore un peu. – Voyons ce rivesalte ?
CRIS,
Ah ! Ragueneau !...
LIGNIÈRE,
Le grand rôtisseur Ragueneau.
RAGUENEAU,
Monsieur, avez-vous vu monsieur de Cyrano ?
LIGNIÈRE,
Le pâtissier des comédiens et des poètes !
RAGUENEAU,
Trop d'honneur...
LIGNIÈRE.
Taisez-vous, Mécène que vous êtes !
RAGUENEAU.
Oui, ces messieurs chez moi se servent...
LIGNIÈRE.
À crédit.
Poète de talent lui-même...
RAGUENEAU.
Ils me l'ont dit.
LIGNIÈRE.
Fou de vers !
RAGUENEAU.
Il est vrai que pour une odelette...
LIGNIÈRE.
Vous donnez une tarte...
RAGUENEAU.
Oh ! une tartelette !
LIGNIÈRE.
Brave homme, il s'en excuse ! Et pour un triolet
Ne donnâtes-vous pas ?...
RAGUENEAU.
Des petits pains !
LIGNIÈRE,
Au lait.
Et le théâtre, vous l'aimez ?
RAGUENEAU.
Je l'idolâtre.
LIGNIÈRE.
Vous payez en gâteaux vos billets de théâtre !
Votre place, aujourd'hui, là, voyons, entre nous,
Vous a coûté combien ?
RAGUENEAU.
Quatre flans. Quinze choux.
Monsieur de Cyrano n'est pas là ? Je m'étonne.
LIGNIÈRE.
Pourquoi ?
RAGUENEAU.
Montfleury joue !
LIGNIÈRE.
En effet, cette tonne
Va nous jouer ce soir le rôle de Phédon.
Qu'importe à Cyrano ?
RAGUENEAU.
Mais vous ignorez donc ?
Il fit à Montfleury, messieurs, qu'il prit en haine,
Défense, pour un mois, de reparaître en scène.
LIGNIÈRE,
Eh bien ?
RAGUENEAU.
Montfleury joue !
CUIGY,
Il n'y peut rien.
RAGUENEAU.
Oh ! oh !
Moi, je suis venu voir !
PREMIER MARQUIS.
Quel est ce Cyrano ?
CUIGY.
C'est un garçon versé dans les colichemardes.
DEUXIÈME MARQUIS.
Noble ?
CUIGY.
Suffisamment. Il est cadet aux gardes.
Mais son ami Le Bret peut vous dire...
Le Bret !
Vous cherchez Bergerac ?
LE BRET.
Oui, je suis inquiet !..
CUIGY.
N'est-ce pas que cet homme est des moins ordinaires ?
LE BRET,
Ah ! c'est le plus exquis des êtres sublunaires !
RAGUENEAU.
Rimeur !
CUIGY.
Bretteur !
BRISSAILLE.
Physicien !
LE BRET.
Musicien
LIGNIÈRE.
Et quel aspect hétéroclite que le sien !
RAGUENEAU.
Certes, je ne crois pas que jamais nous le peigne
Le solennel monsieur Philippe de Champaigne ;
Mais bizarre, excessif, extravagant, falot,
Il eût fourni, je pense, à feu Jacques Callot
Le plus fol spadassin à mettre entre ses masques.
Feutre à panache triple et pourpoint à six basques,
Cape que par derrière, avec pompe, l'estoc
Lève, comme une queue insolente de coq,
Plus fier que tous les Artabans dont la Gascogne
Fut et sera toujours l'alme Mère Gigogne,
Il promène, en sa fraise à la Pulcinella,
Un nez !... Ah ! messeigneurs, quel nez que ce nez-là !...
On ne peut voir passer un pareil nasigère
Sans s'écrier : « Oh ! non, vraiment, il exagère ! »
Puis on sourit, on dit : « Il va l'enlever... » Mais
Monsieur de Bergerac ne l'enlève jamais.
LE BRET,
Il le porte, – et pourfend quiconque le remarque !
RAGUENEAU,
Son glaive est la moitié des ciseaux de la Parque !
PREMIER MARQUIS,
Il ne viendra pas !
RAGUENEAU.
Si !... Je parie un poulet
À la...




