E-Book, Französisch, Band 2, 230 Seiten
Reihe: ADA
Gosson Lusetti Ada
1. Auflage 2024
ISBN: 978-2-322-54860-6
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Va, sur tes ailes dorées
E-Book, Französisch, Band 2, 230 Seiten
Reihe: ADA
ISBN: 978-2-322-54860-6
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Pour l'heure, nos héros de La lune était splendide profitent d'une trêve sur leur île bien-aimée. 1864 : Giuseppe Garibaldi vient passer un mois en cure thermale à Ischia, dans la baie de Naples, aux thermes de Casamicciola. Les journalistes de l'époque témoignent du raz-de marée des visiteurs qui cherchent à le rencontrer, y compris les habitants de l'île ; nous suivons Grazia, Giuseppina et Chiara, qui mettent à profit cette parenthèse pour exercer leur créativité. De savoureuses rencontres inattendues surgissent dans la vie tranquille des protagonistes. En filigrane, la grande historie se tresse à la petite, celle des enjeux de l'unification de l'Italie. Deuxième tome de la saga ADA, qui mènera deux familles depuis le bourg de Barano à Ischia à Philippeville, en Algérie.
Florence Gosson Lusetti restitue l'atmosphère du sud de l'Italie dans les années 1860. Son écriture sensuelle fait surgir les personnages dans leur vie quotidienne, au plus près du lecteur. Inspirée par la vie de ses ancêtres et par le désir de rendre hommage aux vies humbles de ceux qui, à toute époque et en tout lieu, tentent de survivre dans la dignité, l'auteure intègre, dans l'écriture de cette vivante saga familiale, un travail d'enquête sociologique, historique et de terrain minutieux. Elle entraîne ses lecteurs dans de chaleureuses aventures humaines dépaysantes, au sein de lumineux paysages et dans le fragile équilibre de l'Italie en construction.
Autoren/Hrsg.
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Prologue
16 Rue Joinville, Philippeville, Algérie Sur la terrasse encore ensoleillée en ce mois de décembre 1895 La Nonna Graziella Alors, ma petite ! Je t’ai raconté ces derniers jours comment Ada est arrivée dans nos vies. Quelle affaire ! Tu me comprends avec l’accent qui me vient du pays ? Après tout ce temps à Philippeville, presque vingt ans qu’on a émigré, je ne parle toujours pas très bien la langue. C’est encore le dialecte de Barano qui me vient en premier ! J’aurais pu commencer l’histoire par quand le Garibaldi est venu à Ischia, mais tu voulais d’abord savoir comment Ada était arrivée chez nous à Barano, depuis l’orphelinat de l’Annunziata, à Naples. Donc on y vient aujourd’hui, au Garibaldi. Alors, Garibaldi, il est venu pour les bains. Il avait des rhumatismes, comme quoi être un grand homme, ça ne protège pas des bobos de tout le monde. Et dans notre île, il n’y a pas un village sans ses sources chaudes. L’eau, tu vois, elle est chauffée par la lave et d’ailleurs, les villages y sont faits autour des sources, c’est bien pratique d’avoir de l’eau chaude, comme ça, tu remplis ta bassine et tu peux laver ton linge. Et comme on en a bu beaucoup de cette eau, et qu’on s’est même lavés avec depuis qu’on est nés, nous, on n’en a pas de rhumatismes, même après vingt ans de mauvaise eau de Philippeville. Donc cet été-là, le Garibaldi, il a débarqué à Ischia. On était juste avant la Saint-Jean, et on a fait la fête, mais la fête que j’en ai encore des ampoules aux pieds. Sauf que cette année-là, on a marché plus que dansé, mais que ça nous a donné aussi des ampoules aux pieds. C’était en 64, je m’en souviens de l’année parce qu’on a appris qu’il était reparti alors qu’on fêtait les quatre ans de Teresina. Tiens, je te sers du café, et j’ai fait de la brioche spécialement pour toi tôt ce matin. Écoute-moi bien, c’est une histoire incroyable. On en a vécu quand même, des choses, avec mon Ciccio. On a eu une belle vie, tu sais, malgré tout. Ouvre bien tes oreilles, et après, écris, ma petiote ! D’ailleurs, le Garibaldi il nous a dit, oui, je l’ai entendu de mes oreilles que tu vois là, il a dit que les filles doivent apprendre à écrire. Il a réussi, tu vois. Laisse-moi donc te raconter. Tiens, voilà le Nonno Ciccio qui arrive. T’es essoufflé, mon Ciccio. Grimpe doucement, on ne va pas s’envoler ! Le Nonno Ciccio Je reviens de chez Ada ! Elle m’a dit qu’elle voulait bien aussi raconter son histoire à notre fillotte qui veut l’écrire. Mais elle ne se souvient pas de grand-chose de cette période, elle n’avait que quatre ans. Juste du rouge de sa robe assorti à la chemise du Garibaldi. La Nonna Graziella T’inquiète pas mon Ciccio, moi je sais beaucoup de choses que Chiara m’a racontées. Tu sais petite, Chiara, c’était ma cousine qui avait recueilli Ada. Elle est morte maintenant, la pauvrette, mais entre nous, à Ischia, on se disait tous nos petits et grands secrets ! Alors je reprends. Ce dimanche-là donc, on se préparait déjà pour la grande fête de la Saint-Jean, comme on dit ici à Philippeville — chez nous, on dit la San Giambattista — du vendredi d’après. Avant cette fête, on est très joyeux, comme avec un peu de fièvre. Tu sais, quand tu sens que tu vas tomber malade, t’as un peu chaud partout, t’as envie de t’asperger le front d’eau fraîche, sauf que là, c’était pas la maladie. Et que l’eau, elle était pas fraîche mais plutôt tiède, à cause des sources chaudes. Les jeunes, ils dansent toute la nuit, qui est la plus courte. Du coup, ça devient la plus longue. C’est le jour où le soleil est le plus haut. On les laisse, les jeunes, batifoler un peu, souvent c’est des mariages après, et puis des petits au printemps suivant. Je me souviens que je me suis énervée parce que ce dimanche, j’avais envie de prendre du bon temps, être tranquille, un peu en avance, parce que ça se prépare l’envie de fête, c’est comme un bon ragoût, tu laisses la viande mariner une nuit dans un fond de vin et des épices, puis tu fais mijoter la veille et après, mmh que c’est bon. Or, le Ciccio, il est parti à l’évêché livrer du vin en début d’après-midi. Le dimanche on ne travaille pas, non, hein mon Ciccio ? C’est notre Seigneur lui-même qui nous le demande. Et ça ne serait pas du travail, parce que c’est pour l’évêque ? Quand il est rentré, c’est pas lui qui est arrivé d’abord mais nos garçons, Filuccio et Lino, qui étaient allés avec lui. Et ils sont arrivés excités, excités, tu me croirais pas, ils couraient, tout rouges, pleins de sueur sur le visage et ébouriffés, chez la Chiara où je les attendais avec Teresina et Rocco. « Mamma, mamma ! », ils criaient. On comprenait rien à ce qu’ils disaient, on les a fait répéter, puis on a entendu des galopades et des cris dans la rue. Le Nonno Ciccio Attends, Grazia ! Tu te souviens de ces petites choses, il faut pas l’ennuyer, notre fillotte ! Avant ça, je voudrais lui expliquer un peu de ce qui s’était passé durant ces quatre ans. Tu te rappelles, petite, que juste au moment où Chiara et Rafajèle avaient ramené Ada de l’orphelinat, Garibaldi, il était parti en expédition et avait pris la Sicile des mains des Bourbons, qui régnaient sur le Sud depuis des siècles. Après, ils sont remontés jusqu’à Naples et ont pris tout le Sud. Il a été suivi par la population, le Garibaldi, avec ses promesses de libération de l’autorité brutale des Bourbons et les terres qui devaient revenir à ceux qui les travaillaient. Et puis, il a remis tout le Sud au roi Victor-Emmanuel, pour l’unification de l’Italie. Nous on y croyait, que ça serait une bonne chose, de toute façon, ça pouvait pas être pire. Même si moi, entre un roi qu’on connaissait et un nouveau qui voyait les choses avec les yeux des puissants du Nord, je ne pouvais pas bien dire ce qui serait mieux pour nous. Et puis, je suis toujours prudent quand il y a des changements brusques. Mais la fougue du Garibaldi donnait de l’enthousiasme aux plus — comment on dit ? — calmes, ou plutôt oui, les plus réservés. Et moi avec. La Nonna Graziella Mais tout ça, c’est la politique, c’est pas très intéressant pour notre fillotte, ce qu’elle veut, c’est comprendre la famille. Hein, petite ? Le Nonno Ciccio Attends, je me dépêche de finir. Moi, je crois qu’il faut qu’elle comprenne aussi la politique pour parler de la famille. Parce que tout ça, ça se tient. Très vite, dès que l’assemblée de toute l’Italie, Nord et Sud, s’est réunie, en 61, on a compris que nos députés ne feraient rien pour nous. Il fallait payer de nouvelles dépenses. Ils ont pris les biens des religieux, ils ont vendu les terrains. Et même les terrains communaux ont été cédés, ceux que les plus pauvres utilisaient gratuitement pour nourrir leur famille. Ceux-là se sont retrouvés à se vendre comme journaliers auprès des riches qui avaient pu les racheter. Et comme tout cet argent ne suffisait pas, les députés ont voté des taxes. Pas des taxes pour ceux qui votent pour eux, les plus riches, non, mais des taxes sur le dos des pauvres. La macinato par exemple, qui pesait sur la mouture du grain. Le grain, c’est notre nourriture de base, à nous les plutôt pauvres, non ? En plus, il y a eu le service militaire obligatoire de cinq ans, tu te souviens, Grazia ? Ça a fait partir plusieurs centaines de nos jeunes de Barano. Certains ont d’ailleurs pris la poudre d’escampette vers l’Amérique ou bien vers l’Algérie. Heureusement, pas dans notre famille, ils étaient trop jeunes nos garçons, et moi trop vieux, mais ça a fait un gros vide, tous ces garçons en moins. Alors qu’on ne s’étonne pas que des hordes de ceux qu’on a appelés des brigands aient pillé les campagnes au sud, récoltes, silos, réserves. Qu’ils aient même assassiné quelques gros propriétaires terriens qui régnaient sur des milliers d’hectares et à qui on avait proposé de devenir députés. Moi, je n’ai pas approuvé ces agissements, bien sûr, mais je...




