Nombre d’étudiants en médecine et de jeunes médecins pensent que l’examen neurologique est extrêmement complexe et difficile.
La raison en est :
• qu’ils trouvent difficile de se souvenir de ce qu’il faut faire ;
• qu’ils ne sont pas sûrs de ce qu’ils cherchent ;
• qu’ils ne savent pas comment décrire ce qu’ils trouvent.
Le but de ce livre est de fournir un canevas simple pour permettre à l’étudiant en médecine ou au jeune médecin d’effectuer l’examen neurologique avec aisance. Il explique ce qu’il faut faire et signale les difficultés et les erreurs fréquentes. Il ne peut pas remplacer l’enseignement traditionnel au lit du malade et l’expérience clinique.
Inévitablement, lorsque l’on cherche à simplifier l’éventail des constatations neurologiques et leur interprétation, toutes les éventualités ne peuvent pas être anticipées. Ce livre a été conçu pour tenter de répondre à la plupart des situations usuelles et de prévenir les erreurs fréquentes. Dans quelques cas, cela ne mettra pas à l’abri de conclusions inexactes.
Comment utiliser ce livre
Ce livre est centré sur la façon de pratiquer la partie neurologique de l’examen physique. Chaque chapitre débute par une brève information sur les données de base. Ensuite vient une section disant « ce qu’il faut faire », dans une situation simple ou en présence d’anomalies. Les anomalies possibles sont ensuite décrites dans la section « que trouvez-vous », et finalement la section « qu’est-ce que cela signifie » procure une interprétation des constatations et suggère les pathologies possibles.
Il est important de comprendre que l’examen neurologique peut être utilisé :
• comme test de dépistage ;
• comme outil d’investigation.
C’est un test de dépistage lorsque vous examinez un patient chez lequel vous vous attendez à ne pas trouver d’anomalies neurologiques : par exemple un patient ayant une maladie non neurologique ou un patient ayant une affection neurologique normalement non associée à des anomalies physiques, telle que la migraine ou l’épilepsie. C’est un outil d’investigation lorsqu’une anomalie neurologique est trouvée lors du dépistage ou lorsqu’une anomalie est probable compte tenu de l’histoire. Le but de l’examen est donc de déterminer s’il existe une anomalie, d’en déterminer la nature et l’importance, de mettre en évidence des anomalies associées.
Il n’y a pas de technique idéale pour l’examen neurologique dont la méthodologie a évolué au cours du temps. La conduite de l’examen et la mise en évidence des différents signes répondent à des conventions. Cependant, la plupart des neurologues ont développé leur propre système d’examen, qui est une variante de ces conventions. Dans ce livre, la variante proposée est destinée à fournir aux étudiants un canevas autour duquel construire leur propre démarche.
Chaque partie de l’examen est présentée séparément, de façon à décrire et à permettre la compréhension des anomalies à chaque phase de l’examen. Cependant, ces phases doivent aussi être considérées ensemble pour l’évaluation globale du patient. Une synthèse de l’ensemble des constatations est nécessaire.
La synthèse des constatations de l’examen peut se faire de la façon suivante.
Anatomique
Les constatations peuvent-elles être expliquées par :
• une lésion unique ;
• des lésions multiples ;
• un processus diffus ?
Quel(s) niveau(x) du système nerveux est (sont) atteint(s) [figure 0.1] ?
Figure 0.1Les niveaux du système nerveux central.
Syndromique
Les constatations cliniques se combinent-elles pour former un syndrome clinique identifiable : par exemple syndrome parkinsonien, maladie du motoneurone, sclérose en plaques ?
Étiologique
Une fois parvenu à une synthèse anatomique et/ou syndromique, considérez le processus pathologique pouvant être en cause :
• génétique ;
• congénital ;
• infectieux ;
• inflammatoire ;
• néoplasique ;
• dégénératif.
• métabolique ou toxique ;
• paroxystique, dont migraine et épilepsie ;
• endocrinien ;
• vasculaire ?
L’interprétation de l’histoire et la synthèse de l’examen neurologique nécessitent de l’expérience et des connaissances de base. Ce livre ne peut les apporter. Cependant, il vous permettra de décrire, en termes appropriés, la plupart des anomalies neurologiques communes et de commencer à en faire la synthèse et l’interprétation.
Dans cet ouvrage, le patient et l’examinateur seront supposés être de sexe masculin de façon à échapper à la lourdeur de la formulation il/elle.
Les nerfs crâniens seront désignés par leur nom ou leur numéro en chiffres romains.
Terminologie neurologique
Cette terminologie a évolué et certains termes sont parfois utilisés avec une signification différente selon les neurologues.
Voici quelques termes employés pour désigner des pathologies concernant différents niveaux du système nerveux.
-opathie : suffixe indiquant une anomalie à un niveau du système nerveux précisé par un préfixe ; voir plus loin encéphalopathie. Cf.-ite.
-ite : suffixe indiquant l’inflammation d’un niveau du système nerveux précisé par un préfixe ; voir plus loin myélite.
Encéphalopathie : anomalie cérébrale, pouvant être précisée par des adjectifs tels que focale ou diffuse, métabolique ou toxique.
Encéphalite : inflammation cérébrale. Peut être précisée par des adjectifs tels que focale ou diffuse. Peut être combinée à d’autres termes indiquant une pathologie associée : méningoencéphalite = méningite + encéphalite.
Méningite : inflammation des méninges.
Myélopathie : anomalie de la moelle. Précisée par des termes indiquant la cause : tels que radique, compressive.
Myélite : inflammation de la moelle.
Radiculopathie : anomalie d’une racine.
Plexopathie : anomalie d’un plexus (brachial ou lombaire).
Neuropathie périphérique : anomalie des nerfs périphériques, habituellement précisée par des adjectifs tels que diffuse/multifocale, sensitive/sensitivomotrice/motrice, aiguë/chronique.
Polyradiculopathie : anomalie de plusieurs racines. Habituellement réservée aux atteintes nerveuses proximales par opposition aux atteintes...