E-Book, Französisch, 217 Seiten
Fitzgerald Gatsby le Magnifique
1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-322-21685-7
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 0 - No protection
E-Book, Französisch, 217 Seiten
ISBN: 978-2-322-21685-7
Verlag: BoD - Books on Demand
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"Gatsby le Magnifique" (titre en anglais : "The Great Gatsby") est le troisième roman de l'écrivain américain Francis Scott Fitzgerald (1896-1940). Publié en 1925 aux États-Unis, il a été traduit en français à partir de 1926 sous ce titre (hormis la retraduction "Gatsby" de 2011). L'histoire se déroule à New York dans les années 1920. Il a souvent été décrit comme le reflet de l'époque du jazz dans la littérature américaine.
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À mi-chemin de West-Egg et de New-York, la route se rapproche soudain du chemin de fer qu’elle suit pendant un quart de mille, comme pour s’écarter d’un certain site plein de désolation. Il s’agit d’une vallée de cendres – fantastiques cultures où, comme le blé, les cendres poussent en ondulations, collines et grotesques jardins ; où les cendres assument la forme de maisons, de cheminées, d’ascendantes fumées et, en fin de compte, à la suite d’un effort transcendant, celles d’hommes gris-de-cendre, qui, à peine entrevus et tombant déjà en poussière, se meuvent dans l’air poudreux. De temps à autre, une file de wagonnets gris rampe sur d’invisibles rails, pousse un grincement spectral et s’arrête. Immédiatement, des hommes grisâtres, armés de pelles de plomb, s’affairent comme des fourmis, et soulèvent un nuage impénétrable qui dérobe à la vue la suite de leurs opérations. Mais au fond de ce pays de grisaille, par delà les tourbillons de poudre grise qui ne cessent d’errer sur sa surface, vous apercevez, après un moment, les yeux du docteur T. J. Eckleburg. Les yeux du docteur T. J. Eckleburg sont bleus et gigantesques, leurs rétines ont un mètre de haut. Ils regardent dans un visage inexistant, derrière une paire d’énormes lunettes jaunes qui chevauchent un nez absent. De toute évidence, un oculiste de New-York ami de la plaisanterie les a dressés sur ce paysage dans l’espoir d’y recruter des clients, puis s’est abîmé lui-même dans la cécité éternelle, à moins qu’il n’ait déménagé vers d’autres lieux, les oubliant là. Mais ses yeux, assez effacés par le temps et le manque de peinture, s’attristent encore sur le solennel terrain cinéraire. La vallée de cendres est bornée d’un côté par une petite rivière malpropre et, quand le pont-levis est dressé, dans les trains qui attendent qu’il s’abaisse, les voyageurs doivent contempler un paysage sinistre, parfois pendant une demi-heure. Toujours il se produit en cet endroit une halte d’au moins une minute et c’est à cause de cela que je rencontrai pour la première fois la maîtresse de Tom Buchanan. Partout où il était connu, on insistait sur le fait qu’il en avait une. Ses amis s’indignaient de ce qu’il l’accompagnât dans les restaurants les plus fréquentés où, la quittant après l’avoir installée à une table, il circulait avec désinvolture pour bavarder un instant avec toutes les personnes de connaissance. Pour curieux que je fusse de la voir, je n’avais pas le moindre désir de lui être présenté. Cela ne se produisit pas moins. Un après-midi, je pris avec Tom le train pour New-York. Quand on s’arrêta auprès des monticules de cendres, il sauta sur ses pieds et, saisissant mon coude, il me força littéralement à quitter le wagon. « Nous descendons, insista-t-il, je veux que tu connaisses ma petite amie. » Je crois qu’il avait entonné pas mal d’alcool pendant le déjeuner et sa détermination que je l’accompagnasse frisait la violence. Apparemment, comme c’était dimanche, il pensait que je n’avais rien de mieux à faire. Je franchis derrière lui une petite palissade blanchie à la chaux et nous cheminâmes une centaine de mètres dans la direction d’où nous étions venus, sous le fixe regard du docteur Eckleburg. Les seuls bâtiments que nous eussions en vue formaient un petit pâté de briques jaunes posé sur la lisière de l’enclos à poussier ; amorce de Grand-Rue destinée à le desservir et n’avoisinant que le vide. Des trois boutiques qui le composaient, une était à louer ; la deuxième était une gargote ouverte toute la nuit ; une piste cendreuse y accédait ; la troisième, un garage – Réparations, GEORGE B. WILSON. Achat et vente d’autos – où j’entrai avec Tom. L’intérieur était nu et dénué de prospérité ; la seule voiture qu’on y voyait était une Ford en ruine, accroupie dans un recoin obscur. Je me disais que cette ombre de garage n’était qu’un paravent, que des appartements aussi somptueux que romanesques se dissimulaient au premier, quand le propriétaire se montra sur le seuil d’un bureau, en s’essuyant les mains sur une boule de chiffons. C’était un blond sans énergie, anémique et vaguement joli garçon. En nous voyant, une humide lueur d’espoir brilla dans son œil bleu. – Hello, mon vieux Wilson, fit Tom en lui assenant des claques joviales sur l’épaule. Ça va, le business ? – J’ai pas à me plaindre, répondit Wilson d’un ton qui manquait de conviction. Quand est-ce que vous allez me vendre cette voiture ? – La semaine prochaine ; mon chauffeur travaille après en ce moment. – Il travaille bien lentement, pas vrai ? – Pas du tout, fit Tom avec froideur. Puisque c’est comme ça, je ferai peut-être bien après tout de la vendre à un autre. – Ce n’est pas ça que je voulais dire, expliqua rapidement Wilson. Je disais simplement… sa voix s’effaça. Tom jeta dans le garage des regards impatients. Puis j’entendis un pas dans l’escalier et la silhouette d’une femme assez trapue intercepta la lumière qu’encadrait la porte du bureau. C’était une femme d’environ trente-cinq ans, plutôt forte, mais qui portait sa chair sensuellement, comme certaines femmes. Elle était vêtue d’une robe en crêpe de Chine bleu foncé, toute parsemée de taches. Son visage ne présentait pas la moindre facette, pas la moindre étincelle de beauté, mais il y avait en elle une vitalité que l’on percevait immédiatement comme si, couvant sous la cendre, ses nerfs étaient toujours prêts à s’enflammer. Elle sourit posément et, passant à travers son mari comme s’il avait été une ombre, elle serra la main de Tom en le regardant dans les yeux. Puis elle se mouilla les lèvres avec sa langue et, sans se retourner, parla à son mari d’une voix molle et vulgaire : – Amène donc des chaises, que les gens puissent s’asseoir. – Bon, bon, acquiesça Wilson avec empressement et il se dirigea vers le petit bureau où il se confondit tout de suite avec la couleur des murs en ciment. Une poussière de cendres blanches voilait ses vêtements sombres et ses cheveux pâles, comme elle voilait tout aux environs, sauf sa femme, qui se rapprocha de Tom. – Je veux te voir, fit Tom avec fermeté. Prends le prochain train. – Bien. – Je t’attendrai près du kiosque à journaux, au rez-de-chaussée de la gare. Elle hocha la tête et s’écarta au moment même où George Wilson, chargé de deux chaises, sortait du bureau. Nous attendîmes la femme sur la route, hors de vue. Dans quelques jours, c’était la Fête Nationale, et un petit Italien gris et malingre alignait des pétards le long de la voie du chemin de fer. – Un sale patelin, pas vrai ? fit Tom en échangeant un regard courroucé avec le docteur Eckleburg. – Un patelin épouvantable. – Ça lui fait du bien d’en sortir de temps à autre. – Et son mari, il ne dit rien ? – Wilson ? Il croit qu’elle va voir sa sœur à New-York. Il est si bête qu’il ne s’aperçoit même pas qu’il existe. C’est ainsi que Tom Buchanan, son amie et moi-même allâmes ensemble à New-York – à mieux dire, pas tout à fait ensemble, car Mrs. Wilson, par discrétion, prit place dans un autre compartiment. Tom consentit à accorder cette marque de déférence aux susceptibilités des habitants d’East-Egg qui pouvaient se trouver dans le train. Mrs. Wilson avait changé de robe. Elle portait maintenant une mousseline beige à ramages qui se tendit sur son large derrière quand, arrivés à New-York, Tom l’aida à descendre sur le quai. Au kiosque à journaux, elle acheta Les Potins de New-York et une revue de cinéma et, à la pharmacie de la gare, un pot de cold-cream et un flacon de parfum. En haut, sur la rampe solennelle et résonnante d’échos, elle dédaigna quatre taxis avant d’en choisir un, lavande à coussins gris, dans lequel nous nous glissâmes hors de l’embouteillage de la gare, vers le brillant soleil. Tout de suite, elle s’écarta vivement de la portière et, se penchant en avant, tapa sur le carreau. – Je veux un de ces petits chiens, fit-elle d’une voix ardente, j’en veux un pour l’appartement. C’est si gentil, un chien. La voiture fit marche arrière et s’arrêta devant un vieillard tout blanc qui ressemblait absurdement à John D. Rockefeller. Dans un panier suspendu à son cou s’entassaient une douzaine de tout jeunes chiens, d’une race imprécise. – De quelle espèce ils sont ? demanda Mrs. Wilson avec empressement au vieillard qui s’approchait de la portière. – De toutes les espèces. Laquelle préférez-vous, Madame ? – Je voudrais un chow. Je suppose pas que vous en ayez, de ceux-là. L’homme scruta le contenu de son panier d’un œil sceptique, y plongea la main et en tira un chiot, tout frétillant, par la peau du cou. – C’est pas un chow, ça, fit Tom. – Non, c’est pas précisément un chow, dit l’homme d’une voix lourde de désappointement. Il a davantage de l’airedale. Il passa la main sur le dos de la bête, qui ressemblait à un torchon brun. – Regardez-moi cette fourrure. Pour une fourrure, c’est une fourrure. V’là un chien qui vous causera jamais d’embêtements en prenant froid. – Il est mignon comme tout, fit Mrs. Wilson, enthousiasmée. Combien en voulez-vous ? – De ce chien-là ? Il le contempla avec admiration. Ce chien-là vous coûtera dix dollars. La bête – elle comptait à coup sûr un airedale...




