E-Book, Französisch, 262 Seiten
Ferrigno L'éclat des apparences
1. Auflage 2023
ISBN: 978-2-322-52943-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
E-Book, Französisch, 262 Seiten
ISBN: 978-2-322-52943-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
"L'éclat des apparences" est le troisième roman publié d'Adeline Ferrigno. "Toi, moi, Paris et tout le reste" est paru en 2018 chez Hachette Romans et a remporté le prix Izzo 2019 au salon Lire à Limoges. "Un pas après l'autre", son deuxième roman, est sorti en 2020 chez les éditions Hlab (hachette).
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Vendredi 22 décembre
Concert de Noël
NOÉ
J’ai toujours aimé cette période de l’année. Le froid, les illuminations dans les rues, les vitrines des grands magasins parées de décorations féeriques, les monuments qui s’éclairent la nuit tombée ; il faut l’avouer, l’atmosphère est vraiment magique pendant les fêtes de Noël.
Ce que j’aime par-dessus tout (plus que les repas fastueux et les cadeaux réunis, c’est dire !), c’est le concert de fin d’année. Le vendredi soir, juste avant que le lycée ferme ses portes pour deux semaines de vacances scolaires, les élèves de l’orchestre et de la chorale montent sur scène pour une heure de spectacle. Les familles se bousculent si nombreuses dans l’auditorium que les places assises ne suffisent pas. Beaucoup de proches se retrouvent ainsi obligés de rester debout dans le fond de la salle, comme mes parents la première année où j’ai participé. Depuis, ils ne manquent jamais de venir en avance pour réserver les meilleurs sièges.
En passant la tête par la porte entrebâillée, je constate que cette fois ne fait pas exception : au milieu d’une foule désormais conséquente, mon père et ma mère sont confortablement installés dans des fauteuils, têtes collées et tout sourire. En voyant le siège vide à côté de ma mère, je vérifie l’heure. Mon frère devrait déjà être là, son entraînement de natation est terminé. Ce n’est pas le jour pour qu’il arrive en retard : non seulement c’est notre dernier concert – terminale oblige –, mais en plus, je vais interpréter un solo que je travaille sans relâche depuis des semaines !
Je tourne les talons et rejoins la salle de musique où l’ambiance oscille entre fébrilité et concentration. Les élèves du collège et du lycée sont réunis pour l’occasion et se mélangent dans un joyeux vacarme. Monsieur Millet, notre professeur de musique, adresse un petit mot d’encouragement à chacun. Lorsqu’il vient vers moi, le visage empreint d’émotion, je sens les larmes monter. C’est lui qui m’a donné goût à la musique, notamment au piano, et depuis plusieurs années maintenant, il est mon professeur particulier.
— Tu vas les éblouir, prédit-il.
J’ai la gorge nouée, impossible de répondre, alors j’esquisse un vague rictus qui se veut sourire. Monsieur Millet me tapote sur l’épaule avant de se diriger vers un autre élève.
À l’approche du lever de rideau, c’est l’effervescence. Ce n’est qu’une fois dans la salle des professeurs, adjacente à l’auditorium et transformée en loge pour la soirée, que l’agitation laisse place à un calme studieux. Mon amie Inès me rejoint en tripotant nerveusement sa longue tresse. Ses lèvres fines bougent sans qu’aucun son n’en sorte : elle révise silencieusement ses paroles. Avant de chanter, elle est toujours saisie par une peur viscérale d’avoir un trou de mémoire ou que sa voix défaille. Je lui prends la main et la rassure.
Le spectacle démarre par un chant entonné par la chorale, accompagnée des battements de mains des spectateurs. Les yeux clos, je me laisse bercer par les chœurs et porter par les différents morceaux. Un sourire aux lèvres, je profite de l’instant, savourant la vie si parfaite que je mène actuellement. Je pense à mes parents aimants, puis à mon frère dont je suis si proche et enfin à Lenny, mon très récent petit ami. Notre premier baiser date d’aujourd’hui même, j’ai encore du mal à réaliser !
Mon tour arrive. Dans un silence presque cérémonial, je monte sur scène. Le public est plongé dans l’obscurité, un projecteur braqué sur le piano. Les battements de mon cœur sont effrénés tandis que je m’installe sur le banc et dépose mes partitions sur le pupitre. Mes mains effleurent délicatement les touches lisses. Les notes s’échappent de l’instrument et emplissent la salle. Je ferme les yeux, mes doigts caressent les touches avant de s’y enfoncer, d’abord doucement puis avec intensité. Mes mains se mettent à voler au-dessus du clavier. Le rythme s’emballe, mon cœur aussi. Il n’y a plus que la musique et moi, le reste a disparu. Les dernières mesures résonnent et après l’accord final, une salve d’applaudissements s’élève. Les spots de lumière s’allument et, aussitôt, je distingue les spectateurs. Certains se lèvent et m’acclament, d’autres crient bravo.
Un grand sourire étire mes lèvres. Sourire qui s’évanouit aussi vite qu’il est apparu quand mon regard s’arrête sur le visage de la personne assise à côté de mes parents. Ce n’est pas Théo. Où est-il ? Je parcours rapidement le public des yeux. Je ne le vois nulle part.
Monsieur Millet se précipite sur scène et me serre avec effusion contre lui, manquant de me faire tomber de la banquette. La salle continue à retentir d’applaudissements unanimes alors que je me lève et salue l’auditoire avec une modeste révérence. Je quitte la scène et m’engage dans le couloir. Subitement, deux bras s’enroulent autour de ma taille. Je bondis en poussant un petit cri. Le rire d’Emma fuse immédiatement.
— C’est moi, flipette !
Je me retourne. Mon amie écarte d’un souffle les boucles châtain qui pendent devant ses yeux et me sourit de toutes ses dents.
— Tu as été géniale, Noé. Carrément incroyable ! J’aimerais avoir ton doigté. Dieu sait ce que j’en ferais…
Elle coince sa langue entre ses dents et m’adresse un clin d’œil grossier.
— Je préfère ne pas le savoir, honnêtement, je grimace en réponse.
Emma éclate de rire.
— Rien que tes oreilles ne pourraient supporter d’entendre, fausse pudique, va !
Elle me sourit de son sourire irrésistible en me libérant de son étreinte.
— Tu as vu Théo ? Il n’était pas avec mes parents.
Mon amie secoue négativement la tête.
— Il devait être dans un coin, avance-t-elle.
— Il vient toujours s’installer à côté de ma mère, je commence à expliquer avant que mon attention ne soit attirée par une agitation inhabituelle aux portes de l’auditorium.
Des élèves quittent l’établissement alors que le concert n’est pas fini. Emma suit mon regard et tourne la tête en direction des allées et venues. Un groupe de collégiennes file à côté de nous, une expression choquée peinte sur le visage.
— Qu’est-ce qui se passe, les filles ? les interpelle Emma.
Une seule semble capable de lui répondre, et le fait en bégayant :
— C’est dehors. Il y a eu un… truc…
Et elles déguerpissent. Un mauvais pressentiment m’assaille.
— Tu peux appeler Théo ? Mon téléphone est resté dans mon sac, dans la salle des profs.
— Bien sûr, mais je pense qu’il est simplement…
— Appelle-le ! je la coupe.
Sans un mot, Emma sort son téléphone, pianote sur l’écran et me tend l’appareil. Pas une seule sonnerie, le répondeur s’enclenche directement. Je sens inquiétude et panique se propager en moi. Qu’il nage, qu’il dorme ou qu’il soit en cours, Théo n’éteint jamais son portable. Quelque chose ne va pas. Je le sens. Je le sais.
— Je vais voir, j’assène.
Sans laisser le temps à Emma de réagir, je pivote sur mes talons et presse le pas en direction de la sortie du lycée. Dehors, il neige toujours et l’air glacial me saisit. Je tire sur les manches de mon pull et croise les bras sur ma poitrine. Il a beau faire nuit, la multitude de néons qui luisent dans la rue fait qu’on y voit presque aussi bien qu’en plein jour.
Sur le trottoir, des gens pleurent et d’autres affichent une expression horrifiée, une main plaquée sur la bouche. Des véhicules de secours et de police sont là, bloquant le passage vers la rue attenante au gymnase. Pas de gyrophares tournant furieusement, pas de lumière bleue jetée sur les alentours. Pas de sirènes hurlantes. Pas d’affolement. Les visages sont graves, sidérés. Je saisis quelques bribes de conversations. « C’est...




