E-Book, Französisch, 118 Seiten
Brasillach Le procès de Jeanne d'Arc
1. Auflage 2021
ISBN: 978-2-322-23282-6
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Transcription complète des interrogatoires de Jeanne d'Arc lors de son procès à Rouen en 1431, établie et préfacée par Robert Brasillach
E-Book, Französisch, 118 Seiten
ISBN: 978-2-322-23282-6
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Robert Brasillach est un écrivain, journaliste et critique de cinéma français. Il assura une chronique littéraire dans le quotidien L'Action française et dans L'Étudiant français durant la première moitié des années 1930. Auteur de l'entre-deux guerres et de la Seconde Guerre mondiale, il fut, de 1937 à 1943 rédacteur en chef de l'hebdomadaire Je suis partout, dans lequel il laissa transparaître sa haine des Juifs, du Front populaire, de la République, et, sous l'Occupation, son admiration du IIIe Reich. La violence de ces attaques conduira à son arrestation à la fin de la guerre et sa condamnation à mort en dépit d'une demande de grâce signé par Mauriac, Malraux et Camus et refusée par le Général De Gaulle. Il est fusillé le 6 février 1945 au fort de Montrouge.
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II
L’ÉVÊQUE.
Nous vous requérons et admonestons, sous les peines du droit, de faire le serment que vous avez prêté hier, et de jurer, simplement et absolument, de dire vérité sur tout ce qui vous sera demandé en la matière pour laquelle vous êtes ici déférée et diffamée.
JEANNE.
J’ai fait serment hier, et il doit suffire.
L’ÉVÊQUE.
Nous vous requérons de jurer. Car nul, même prince, requis en matière de foi, ne peut refuser de prêter serment.
JEANNE.
Je l’ai fait hier, votre serment. Il vous doit bien suffire. Vous me chargez trop.
L’ÉVÊQUE.
Jurez de dire vérité sur ce qui touche la foi.
JEANNE.
Je jure de dire vérité sur ce qui touche la foi.
L’ÉVÊQUE.
Que maître Jean Beaupère, insigne professeur de sacrée théologie, interroge Jeanne.
JEAN BEAUPÈRE.
Tout d’abord je vous exhorte à dire vérité sur ce qu’on demandera, comme vous l’avez juré.
JEANNE.
Vous me pourriez bien demander telle chose sur laquelle je répondrais vérité, et sur une autre je ne la répondrais pas. Si vous étiez bien informés de moi, vous devriez vouloir que je fusse hors de vos mains. Je n’ai rien fait fors par révélation.
JEAN BEAUPÈRE.
Quel était votre âge quand vous avez quitté la maison de votre père ?
JEANNE.
De mon âge je ne saurais déposer.
JEAN BEAUPÈRE.
Dans votre jeunesse avez-vous appris quelque métier ?
JEANNE.
Oui, à coudre panneaux de lin, et à filer, et je ne crains femme de Rouen pour filer et coudre.
JEAN BEAUPÈRE.
N’avez-vous pas quitté une fois la maison de votre père ?
JEANNE.
Par crainte des Bourguignons, j’ai quitté la maison de mon père, et suis allée dans la ville de Neufchâteau, en Lorraine, chez une certaine femme, surnommée la Rousse, où j’ai demeuré environ quinze jours.
JEAN BEAUPÈRE.
Que faisiez-vous quand vous étiez dans la maison de votre père ?
JEANNE.
Quand j’étais dans la maison de mon père, je vaquais aux besognes familières de la maison, et je n’allais pas aux champs avec les brebis et autres bêtes.
JEAN BEAUPÈRE.
Confessiez-vous vos péchés chaque année ?
JEANNE.
Oui, et à mon propre curé. Et quand le curé était empêché, je me confessais à un autre prêtre, avec le congé dudit curé. Quelquefois aussi, deux ou trois fois, à ce que je crois, je me suis confessée à des religieux mendiants. Et c’était dans ladite ville de Neufchâteau. Et je recevais le sacrement d’Eucharistie à la fête de Pâques.
UN ASSESSEUR.
Receviez-vous le sacrement d’Eucharistie aux fêtes autres que Pâques ?
JEANNE.
Passez outre.
JEAN BEAUPÈRE.
Quand avez-vous commencé à ouïr ce que vous nommez vos voix ?
JEANNE.
Quand j’eus l’âge de treize ans, j’eus une voix de Dieu pour m’aider à me gouverner. Et la première fois, j’eus grand’peur. Et vint cette voix environ l’heure de midi, au temps de l’été, dans le jardin de mon père. Je n’avais pas jeûné la veille. J’ouïs la voix du côté droit vers l’église, et rarement je l’ouïs sans clarté. En vérité il y a clarté du côté où la voix est ouïe, il y a là communément une grande clarté. Quand je vins en France, souvent j’entendais cette voix.
JEAN BEAUPÈRE.
Comment voyez-vous la clarté que vous dites quand cette clarté est sur le côté ?
JEANNE,
Si j’étais dans un bois, j’entendrais bien la voix venant à moi.
JEAN BEAUPÈRE.
Comment était cette voix ?
JEANNE.
Il me semblait que c’était une digne voix, et je crois que cette voix était envoyée de par de Dieu. Lorsque j’eus ouï par trois fois cette voix, je connus que c’était la voix d’un ange. Cette voix m’a toujours bien gardée, et je comprenais bien cette voix.
JEAN BEAUPÈRE.
Quel enseignement vous donnait cette voix pour le salut de votre âme ?
JEANNE.
Elle m’enseigna à me bien conduire, à fréquenter l’église. Elle me dit qu’il était nécessaire que je vinsse en France.
UN ASSESSEUR.
Sous quelle forme cette voix vous est-elle apparue ?
JEANNE.
Vous n’aurez pas cela de moi, cette fois. Cette voix me disait, deux ou trois fois la semaine, qu’il fallait que je partisse et que je vinsse en France, et que mon père ne sût rien de mon départ. La voix me disait de venir en France, et je ne pouvais plus durer où j’étais. Cette voix me disait encore que je lèverais le siège mis devant la cité d’Orléans. Elle me dit en outre d’aller à Robert de Baudricourt, dans la ville de Vaucouleurs, et qu’il me baillerait des gens pour aller avec moi. Et alors je répondis que j’étais une pauvre fille qui ne savait monter à cheval ni mener la guerre. J’allai chez un mien oncle, et lui dis que je voulais demeurer quelque menu temps chez lui. Et j’y demeurai environ huit jours. Et je dis alors à mon oncle qu’il fallait que j’allasse en ladite ville de Vaucouleurs. Et mon oncle lui-même m’y mena. Quand je fus venue en ladite ville de Vaucouleurs, je reconnus Robert de Baudricourt encore que je ne l’eusse jamais vu auparavant. Je reconnus par cette voix ledit Robert, car la voix m’avait dit que c’était lui. Et je dis à Robert qu’il fallait que je vinsse en France. Robert par deux fois me repoussa et me refusa, et la tierce, il me reçut et me bailla des hommes. La voix m’avait dit ce qui arriverait.
JEAN BEAUPÈRE.
Que dites-vous au duc de Lorraine ?
JEANNE.
Le duc de Lorraine manda qu’on me menât à lui. J’y allai, et je lui dis que je voulais aller en France. Il m’interrogea sur la recouvrance de sa santé. Mais moi, je lui dis que, de cela, je ne savais rien. Je parlai peu au duc de mon voyage. Toutefois, je dis au duc de me bailler son fils et des gens, pour me conduire en France, et que je prierais Dieu pour sa santé. J’étais allée sous sauf-conduit vers le duc, d’où je revins à la ville de Vaucouleurs.
JEAN BEAUPÈRE.
En quel habit étiez-vous, quand vous êtes partie de Vaucouleurs ? Où êtes-vous allée ?
JEANNE.
À mon départ de ladite ville de Vaucouleurs, étant en habit d’homme, portant une épée que m’avait baillée ledit Robert de Baudricourt, sans autres armes, accompagnée d’un chevalier, d’un écuyer, et de quatre serviteurs, je gagnai la ville de Saint-Urbain et passai la nuit en l’abbaye. En ce voyage, je passai par la ville d’Auxerre, et j’ouïs messe en la grande église. Alors j’avais fréquemment mes voix, avec celle dont j’ai déjà fait mention.
JEAN BEAUPÈRE.
Par le conseil de qui avez-vous pris habit d’homme ?
JEANNE.
Passez outre.
UN ASSESSEUR.
Nous vous requérons de nous dire par le conseil de qui vous avez pris habit d’homme.
JEANNE.
Passez outre.
JEAN BEAUPÈRE.
Qui vous l’a conseillé ?
JEANNE.
De cela je ne charge homme quelconque.
JEAN BEAUPÈRE.
Que vous dit Robert de Baudricourt lors de votre départ ?
JEANNE.
Ledit Robert de Baudricourt fît jurer à ceux qui me conduisaient de me conduire bien et sûrement. Et Robert me dit, à moi, au moment que je le quittai : « Va, va, et advienne ce qu’il pourra advenir ! »
JEAN BEAUPÈRE.
Que savez-vous du duc d’Orléans ?
JEANNE.
Je sais bien que Dieu chérit le duc d’Orléans. Et j’ai eu sur lui plus de révélations que sur homme vivant, excepté sur mon Roi.
JEAN BEAUPÈRE.
Pourquoi avez-vous quitté l’habit de femme ?
JEANNE.
Il fallait bien que je changeasse mon habit pour habit d’homme. Je crois que mon conseil m’a bien dit.
JEAN BEAUPÈRE.
Comment êtes-vous arrivée près de celui que vous nommez votre Roi ?
JEANNE.
J’allais jusqu’à mon Roi sans empêchement. Comme j’étais...




