Blanc / La Cellule d'Or / Steinberg | Nègre Blanc | E-Book | www2.sack.de
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E-Book, Französisch, 422 Seiten

Blanc / La Cellule d'Or / Steinberg Nègre Blanc

Collectio
1. Auflage 2020
ISBN: 978-2-322-19667-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark

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E-Book, Französisch, 422 Seiten

ISBN: 978-2-322-19667-8
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
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422 pages rassemblant les 5 premiers numéros de Nègre Blanc: Poésie, nouvelles et arts visuels contemporains, expérimentaux et sans détermination de classe artistique, explosifs et à vifs.

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Aleph
(Le temps suspendu) Les journées ont passé et je ne saurais les compter. Je dépéris, je crois, depuis que j’ai décroché mon regard de ce néant rempli d’infni et qui ne saurait contenir autre chose que lui-même. J’ai perdu l’étincelle de mes yeux celle qui, auparavant, faisait sauter des sourires pour moi-même dans le refet de mes miroirs, tous brisés depuis. J’ai accroché un mot au-dessus de ma porte : Celui qui sort ne reviens jamais et il n’y a d’ailleurs qu’en soi-même. Le papier a l’odeur des feutres à alcool. J’ai décidé de sortir de mon silence. J’ai décidé d’exhumer les restes, partager avec vous les bribes de souvenirs déchus – créatures de verre surgies de la relique ultime, l’Aleph, le concept, le nombre, l’infni et le rien – ces mirages évanescents, fots ininterrompus de bribes et de vies saignées, jouées au fond de mon crâne comme une fresque mobile contenant la vie et la mort dans l’éternité… J’étais assis ici-même, dimanche, automne – nuit noire au-dehors – une phalène voletait autour de la lampe nue et je me rappelle avoir eu peur de son ombre fendant la crasse des murs. Je suis sur le point de manger, l’eau sur le feu, de la viande au four – je me souviens d’avoir lancé la nappe sur la table – bois, veinules, échardes, dans un coin une tache de peinture bleue. Je me suis assis et j’ai attendu, mes yeux dérivant des coins aux surfaces. Les mains posées sur la table, je triturais la nappe en plastique et à l’aveugle, j’y découvris un trou. Je ne m’en inquiétais pas, au contraire, j’y enfonçais l’index. Silence. Je vis une branche morte – l’automne et le soir. Des bourrasques décrochaient les feuilles – rousses et jaunes Il y avait là ma cuisine, les gouttes condensées sillonnant sur mes carreaux Il y avait la phalène et moi. J’ai cru à un souvenir J’ai cru m’être endormi Mais les yeux je les avais bien ouverts et tout était bien là. Je retirai mon doigt de la nappe, surpris, et tout redevint comme avant… l’automne, le soir, les feuilles et moi. J’entendais le remous des bulles dans l’eau bouillante et le bruissement de mon pantalon – ma jambe était prise de spasmes nerveux, alors j’enfonçais à nouveau mon index dans la nappe. Pour voir, qu’aurait-il pu m’arriver ? Rien. Le soir même, le ventre plein, j’ai voulu lire sans y parvenir. Les pages me paraissent lourdes, les mots semblaient me cacher leur signifcation avec frayeur et avidité, ils étaient chacun comme une mère à qui ont voudrait arracher son enfant, et je revenais plusieurs fois sur les phrases qui déviaient, m’esquivaient en poussant des cris de terreur. Je n’ai pas pu lire. La lumière éteinte, sur le lit, je divaguais – qu’avais-je vu de si diférent plus tôt, dans la cuisine, que je ne pouvais me l’expliquer ? Et ce soir-là, je rêvais du Sud, d’un pays lointain… La mer, collines et vallons – Soleil rasant J’ai les chevilles grifées par les herbes sèches, le goût du vent dans la bouche Le vrombissement des cigales dans les oreilles, le ciel dans les poumons Assis au pied d’un arbre, je pensais des phrases à l’envers : « Ici je-fait que ? Vous de auprès moi-gardez mais partir moi-laissez. » Dans ce rêve je me mordais la langue, bien que je n’ouvrisse à aucun moment la bouche. Le lundi matin, je fus réveillé par le papillon de nuit qui voletais maladroitement sur mon visage. Je le chassais et l’écrasais du poing, irrité. Je fus soudain rempli d’une indicible tristesse, certainement pas exceptionnelle mais sufsamment vague pour en devenir pesante. Je regardais dehors, le gris brillant du ciel d’automne me paraissait une chape de plomb. En m’approchant de la fenêtre, je voulus vérifer que le monde était encore bien là… Mes yeux suivirent une camionnette blanche qui de droite à gauche vint et s’enfuit, des petites têtes emmaillotées dans des grosses écharpes de laine et comme tenues sur des amortisseurs avançaient à petits pas, crachotant leur condensation dans l’air frais de la rue. J’étais sur le point de détourner les yeux quand soudain je remarquais pour la première fois, entre les deux bâtiments d’en face, un petit jardin. Et dans ce jardin, une femme auprès de ses feurs, de son gazon, de ses arbres De sa rosée et de ses murs Tranquille Traverse son espace, l’air serein et recueilli Elle traversait l’espace en dansant Comme quelqu’un qui vient de loin et qui espère ne jamais arriver. Je le perdis de vue Et il ne resta devant mes yeux que le refet de moi-même, là sur la vitre Transparent et mal réveillé Un insecte mort sur la main. Les jours suivants furent à la fois d’une banalité consternante, et d’une clarté exceptionnelle Je ne parvenais pas à situer les raisons de ce changement Autrefois tout était simple, un peu ennuyant Autrefois je mâchais, avalais, recrachait, expulsait dans un même geste, sans broncher… Toujours avec un peu de tristesse, mais c’est tout. Et depuis ce jour-là, que je ne saurais appeler béni, le monde me sembla un papier de riz Mat et translucide Où les hommes dansaient comme des pinceaux Dessinant des calligraphies uniques, Exécutant des chorégraphies ancestrales Héritées d’un temps d’autrefois – Immémorial, génétique J’avais la clairvoyance, j’étais : pur, curieux, présent Loin du passé, tout à apprendre Loin des préjugés, de mes fardeaux, de mes idées De mon petit moi circulaire et nombriliste Venimeux et sur le déclin J’appris peu à peu à maîtriser ces moments de pureté qui je ne saurais dire pourquoi m’étaient ofert régulièrement, bien qu’imprévisibles. Au parc, couché dans la boue Je vis deux gardénias se déclarer leur famme Leur blanc éclatant baignait mon visage Leurs feuilles m’étreignaient avec force Leurs pistils me susurraient à l’oreille des mots d’amour Des mots simples, qui ne cachaient rien Un or brut qui balayait d’un geste ma peur et ma solitude. Plus loin, sur un banc – le silence Le froid, la brise – des enfants se chamaillent (PAUSE) Un ange passe… Un instant perché entre ici et là-haut Un moment de légèreté… Simple… En efet, je remarquai que ma mélancolie s’évanouissait doucement, au proft d’un soleil intérieur qui éclaircissait mes jours. Je ne pensais à rien d’autre qu’à regarder le monde. Ce monde qui avait toujours été là, qui n’avait jamais su me satisfaire et dont je n’avais su comprendre les secrets. Ce monde que j’avais fui, dans lequel j’avais traîné la patte, rivé sur moi-même. Je crus entendre les réponses dans le vent Je crus voir les raisons d’exister Sentir la caresse du temps et sa placidité Je crus voir en chacun le vieillard et l’enfant Chaque morceau d’eux-mêmes uni et concordant J’entendais la raison dans les discours et l’afection dans les mots …Et moi aussi, j’étais tout cela. Un jour, alors que je me promenais, ou plutôt que je déambulais, comme j’en avais pris l’habitude. Avide de sensations et de vérités. Je vis dans le creux d’une ride, un voyage, un exil. La vieille femme avait à la commissure des lèvres deux lunes de salive pâteuse, et ses dents noircies et jaunies par le tabac sec n’arrivaient pas à faire barrière aux mots qui torpillaient de sa bouche, qui racontaient le chaos de sa tête et de sa vie, vie qui en impliquait d’autres, certainement… Des enfants, des maris, des amis, des animaux Si bien que de sa gorge Jaillissaient des chimères à la larme unique. Au cœur renversé Munies de casseroles et de fusils Aux mains douces et au poil rêche Bardées de drapeaux colorés et sanglants Aux fragrances comme la peau des...



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