E-Book, Französisch, 224 Seiten
Auffret Comment devenir président de la République
1. Auflage 2023
ISBN: 978-2-322-49202-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
(et le rester)
E-Book, Französisch, 224 Seiten
ISBN: 978-2-322-49202-2
Verlag: BoD - Books on Demand
Format: EPUB
Kopierschutz: 6 - ePub Watermark
Connaissez-vous le programme "Young Global Leaders" ? Non ? pourtant il existe et consiste à former les jeunes leaders de demain, ceux qui ambitionnent de diriger le monde. C'est le récit à la première personne de l'un de ceux-ci qui est devenu président de la République. Deux ambitions le gouvernent : pour lui s'inscrire dans l'histoire. L'histoire avec un grand H. Pour son pays : l'inscrire dans l'économie-monde, peu importe le coût social. Histoire d'une ambition sans limite où la morale n'existe pas. Seul le résultat compte.
Pierre Auffret, consultant international habitué des sphères de pouvoir et de décision.
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Chapitre 2. PRENDRE LE POUVOIR
Cette expression m’a toujours plu. Je la préfère à celle d’arriver au pouvoir. En effet, le pouvoir ne s’offre pas. Il faut lutter, éliminer les concurrents potentiels sans pitié. Tous les coups sont permis. Seul le plus fort gagne. Je savais que le président sortant ne se représenterait pas, la Constitution le lui interdisant. L’envie de rester était, pourtant, présente en lui. Je m’en rendais compte à chaque fois que je le rencontrais. Il m’aimait bien, mais je comprenais, à plusieurs rumeurs qui parvenaient jusqu’à moi, qu’il n’était pas décidé à m’adouber comme son successeur. Il avait en tête des camarades du parti. Des camarades de longue date avec qui il avait mené des luttes parfois épiques. Pour lui, mon tour viendrait, mais je devais attendre. Ce qui n’était pas dans mes intentions. J’en parlai à plusieurs de mes mentors. Eux aussi pensaient que le temps d’un nouveau monde, d’une révolution douce était venu et que, quel que fut le candidat choisi par le parti du président, cela ne serait pas le cas avec lui. Ils me promirent qu’ils allaient réfléchir à tout cela. Quelque temps plus tard je reçu un coup de téléphone de l’un d’entre eux. Il m’invitait à un dîner à son domicile. C’était la première fois qu’il me recevait de la sorte. J’en étais surpris. Mais ma surprise fut encore plus grande lorsque j’arrivai. Il n’était pas seul. Plusieurs de ses pairs – mes mentors – étaient aussi présents. Ils avaient fait la paix entre eux pour l’occasion. Je comprenais que ce dîner marquerait à jamais mon avenir. Ce fut le cas, car ils m’annoncèrent qu’ils voyaient en moi le candidat idéal à la présidence. Un candidat pour maintenant, non après plusieurs mandatures d’autres candidats. À moi de me décider MAINTENANT. Ils insistèrent beaucoup sur ce dernier point, ce qui, traduit en langage non codé, voulait dire : soit tu te présentes maintenant, soit on te lâche pour mettre en selle quelqu’un d’autre. Ma réponse fut immédiate et simple : « Messieurs, je suis prêt, mais j’ai besoin de vous. C’est ensemble que nous gagnerons ». Leur réponse fut encore plus brève : « Merci, nous comptons sur vous ». Maintenant il me « fallait tuer le père », comme disent tous les manuels de psychanalyse. Je devais donc provoquer cela et ce, pour deux raisons au moins. La première était que le président ne prendrait jamais l’initiative d’une rupture, car il pensait que je pourrais servir son successeur comme je l’avais fait avec lui. La seconde était que j’avais besoin de me démarquer de lui, afin de montrer à tous que ce que j’incarnais différait totalement de ce qu’il représentait. Ma stratégie était arrêtée : profiter de mes prises de parole publiques pour montrer nos désaccords, d’abord sur des points techniques, ensuite sur nos visions stratégiques pour le pays, enfin sur nos choix politiques. Pour l’opinion publique, en faisant monter la tension progressivement, je montrais nos différences. Mais pour lui, vieux briscard de la politique qui connaissait tous les coups possibles et imaginables, cela le faisait sourire. Il avait compris et se délectait de cela, puisqu’il n’avait plus rien à perdre. Je me souviens qu’un jour, lors d’un de nos tête-à-tête, il me demanda à brûle pourpoint : « alors, Monsieur le Ministre, quand allez-vous me quitter brutalement ? ». Je fus si surpris, que ce jour-là je restai sans voix. Il était encore mon maître et j’avais encore à apprendre de lui. Pourtant, je ne pouvais pas me laisser impressionner par cela. Il me fallait agir. Je profitai d’une divergence de vues sur une question de taxation des profits des entreprises pour faire savoir publiquement mon désaccord, au nom de la remise en cause du développement du pays, et d’annoncer ma démission. Je n’en avais pas averti préalablement le Premier ministre comme l’usage le voulait. On me fit savoir qu’il était entré dans une grosse colère en l’apprenant. Je ne pris pas la peine de l’appeler pour convenir d’un rendez-vous avec lui. Maintenant il me restait une seule chose à faire : aller porter ma lettre de démission au président. L’accueil fut courtois. Il me reçut avec ces simples mots : « Alors vous vous lancez dans la bataille ! C’est votre choix. Le combat sera rude, soyez-en certain. Mais sachez qu’à aucun moment je ne vous combattrai, ni ne vous soutiendrai. Je resterai totalement neutre, vous avez ma parole. À vous de convaincre. Et puis, si le peuple vous choisit, sachez que vous pourrez compter sur moi et mon expérience ». Le reste de ses propos fut sans réelle importance. Lorsque je sortis du palais, une meute de journalistes m’attendait. Mon attaché de presse avait fait du bon travail. Le combat commençait. Tous les journalistes me demandaient la raison de ma démission. Je répétai ce que j’avais déjà évoqué devant d’autres journalistes, voire aussi les mêmes, à savoir, des divergences techniques qui conduisent à une appréciation différente de ce qu’il convient de faire pour l’avenir du pays. J’insistai qu’il ne s’agissait absolument pas d’une opposition de personnes et que je continuais à apprécier l’homme. Je rappelai qu’en ces temps difficiles, – car les temps sont toujours difficiles - , la Nation devait rester unie derrière le président, dont l’engagement au service de tous était reconnu. LA question que j’attendais fusa du groupe : « Serez-vous candidat à la magistrature suprême ? ». Bien sûr que je le serai. Mais il n’était pas question d’y répondre maintenant. Ce que les journalistes savaient tous. Cela provoqua une autre question : « Qu’allez-vous faire maintenant ? ». Ma réponse était prête : « Me reposer ; prendre du recul par rapport à mon action passée ; réfléchir à l’avenir de notre pays ». Autre question : « Et votre engagement politique ? ». Réponse : « Je vais y réfléchir. Mais vous savez tous que j’ai toujours refusé de prendre la carte d’un parti. Je pense que, dans notre monde, les différences entre gauche et droite sont devenues mineures. Sauf aux extrêmes, bien sûr. Aussi, je pense que le temps est venu de rassembler tout le monde autour d’une vision globale. Je vous remercie ». Il me fallait arrêter ici ce jeu des questions/réponses sinon, connaissant l’habileté de ces journalistes, je risquais de partir à annoncer ma candidature. Le temps n’était pas encore venu pour cela. Aussitôt l’annonce diffusée, les coups de téléphone commencèrent. Plusieurs ténors de partis politiques voulaient me rencontrer. Officiellement, pour que je rejoigne leurs partis. Dans la réalité, c’était pour me sonder, pour savoir si j’allais être candidat, ce qui voulait dire pour eux : un ennemi à abattre. Ils me proposaient petit déjeuner, déjeuner ou dîner. Ne manquait que le souper! Je refusais. J’étais d’accord pour prendre un café avec eux, rien de plus. Le bal des faux-culs commençait. Mais à ce jeu, même si je n’avais pas encore leur expérience, je savais faire. Mon discours était simple : les élections sont dans plus d’un an, donc j’ai le temps pour voir. De plus, je suis un homme seul, sans parti, sans troupe et sans budget. Personne pour me soutenir et répandre ma parole. Donc, pour l’instant, je ne voyais pas comment faire si je devais me présenter. Ces arguments, – très logiques dans la pratique politique ancienne –, leur semblaient empreints du bon sens. Leur réponse était toujours la même : venez nous rejoindre. Aidez-moi. Et le jour où votre tour viendra, tout le parti sera derrière vous ! J’acquiesçais. Je remerciais. Ils partaient rassurés, même si un doute se lisait encore dans leurs yeux. Quant à moi … D’autres coups de téléphone venaient de personnes désireuses de se mettre à mon service. Je les remerciais chaleureusement. Mais il était clair que je ne pourrais pas passer mon temps à gérer ces questions d’intendance. Cette...




